Notre Histoire selon Suly

SULY : Bon. Vous voulez notre histoire. Celle que les gens connaissent ? C’est Yoko qui la raconte, forcément. Le vieux. Mais moi, Suly, j’ai ma version. Et c’est pas pareil.

YOKO : « Attends, c’est TON histoire ? »

SULY : Non. C’est NOTRE histoire. Mais vue de mon côté. De celui qui arrive en 2020 dans une maison où il y a déjà un cocker grognon qui pense que tout lui appartient.

ZEPHY : « Moi aussi je peux parler ? »

SULY : Non. C’est mon tour.

2015 – AVANT MOI

Yoko arrive en 2015. Je sais même pas où j’étais à l’époque. Probablement pas né. Yoko se fait une belle vie : papa, maison tranquille, le lit pour lui tout seul. Parfait. C’est ça que Yoko raconte—sa vie de prince.

Mais laissez-moi vous dire : papa n’était PAS si heureux. Oui, Yoko le dit pas. Parce que Yoko est un peu égocentrique comme ça.

YOKO : « C’est pas vrai ! »

SULY : Si c’est vrai. Maman arrivera en 2018. Maman avec sa peur des chiens. Maman qui doit gagner la confiance de ce gros cocker qui refuse de partager papa. Et vous savez quoi ? Maman le fait. Maman aime YOKO malgré tout.

2020 – J’ARRIVE, MOI

Post-covid. Papa et maman se regardent. Ils se disent : « Yoko va être seul maintenant. Le monde a changé. Les gens bougent. On doit lui donner de la compagnie. »

YOKO : « J’étais très bien seul, merci. »

SULY : Je le sais que tu étais bien seul, Yoko. Mais ce que tu sais pas, c’est que MOI, j’arrivais de nulle part. J’étais bébé. J’avais besoin d’une maison. Et vous savez quoi ? Papa et maman m’ont choisi. CHOISI. Pas parce que je remplacerai quelque chose, parce qu’on croyait que je pouvais AJOUTER quelque chose.

Je suis un Blue Roan And Tan avec les taches de vache. Et je débarque sans crier gare dans la maison de Yoko. Je suis pas silencieux. Je suis pas discret. Je suis VIVANT. Et Yoko ? Yoko me déteste.

YOKO : « Je te détestais pas… »

SULY : Tu me détestais complètement. Tu me faisais comprendre à chaque instant que j’étais un intrus.

Mais voilà le truc, Yoko. Au fil des années, tu m’aimes. Oui. Tu me le montres en me mordant les oreilles. C’est ta manière à toi. Mais je sais que tu m’aimes.

MA PERSPECTIVE À MOI

Ce que Yoko raconte : il était seul, il a accepté à contrecœur cette nouvelle personne, maman, et puis ce garçon bruyant, Suly.

Ce que MOI je vois : papa et maman construisent une famille. Une VRAIE famille. Pas une où Yoko est le seul. Une où on est trois (avant Zephy). Où chacun a sa place.

Je suis le chien de maman. Je l’aime comme ça. Maman avait peur des chiens au départ ? D’accord. Mais elle m’aime SANS réserve. Elle me choisit. Chaque jour. Pas à contrecœur comme Yoko doit accepter que papa partage son lit avec elle.

YOKO : « Je partage PAS le lit avec—»

SULY : Si tu le partages. Et tu le fais avec grâce, finalement.

2026 – ZEPHY LE MYSTÈRE

Et puis débarque Zephy. Sans explication. Aucune. Yoko et moi on se regarde. On est genre : « Mais pourquoi ? »

ZEPHY : « Parce que JE SUIS MAGNIFIQUE ! »

SULY : T’es un bébé qui mord tout. Mais bon. On l’aime aussi.

Yoko dit que Zephy est juste « là ». Moi ? Je pense que Zephy nous montre que papa et maman CONTINUENT à bâtir. Pas à arrêter. Pas à être complets. À CONTINUER.

LE MOMENT OÙ ON A RÉALISÉ

Yoko va vous raconter qu’on a regardé autour et qu’on s’est demandé « pourquoi nous ». Pourquoi on a cette chance.

Moi, j’ajoute quelque chose : pourquoi pas d’autres ? Pourquoi d’autres animaux n’ont pas cette chance ? Pourquoi je suis l’un des rares qui arrive dans une maison où on m’aime sans condition ?

YOKO : « On n’est pas sans condition… »

SULY : Non? Dis-moi quand papa et maman vous ont dit non. Dis-moi une seule fois.

(Silence de Yoko.)

Exactement.